Lundi 12 mai 2008
Bangkok, nouvelle etape
M'y voici pour 5 jours, le temps d'obtenir les visas pour Laos, Cambodge et Vietnam.
Il y fait bien moins chaud qu'en Inde, mais beaucoup plus humide, la saison des pluies ayant commence, c'est a dire qu'il pleut toute la journee de grosses gouttes chaudes. L'occasion de constater que la ville a bien change depuis ma derniere visite en 2002, aeroport ultra moderne et routes ressemblant a celles des villes americaines, 3h30 de vol depuis Delhi mais je suis deja dans un autre monde. Je n'ai pas encore vu grand chose mais je me delecte deja de la nourriture delicieuse et des montagnes de fruits frais. Et je suis redevenue anonyme, ouf!!!
 
Merci a tous pour vos petites commentaires, ca me fait bien plaisir de vous lire et j'attends la suite avec impatience ;)
par Anne-Catherine publié dans : Thailande
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander
Lundi 12 mai 2008
Chaque ville que nous avons visite a son caractere, son atmosphere, son charme particulier. Benares, ou Varanasi comme elle s'appelle maintenant, ne deroge pas a la regle... C'est vraiment une ville a part. En fait, deux villes distinctes. La ville 'moderne' autour de la gare ressemble a beaucoup d'autres villes Indiennes, ballet de voitures, touks touks, pousse- pousses ou charettes a bras qui se croisent sur des arteres plus ou moins grandes et egalement defoncees et sans charme particulier. Et puis il y a la vieille ville, ancienne et sacree, envoutante. Benares, c'est d'abord le Gange qui la traverse paresseusement; d'un cote les ghats, en face des bancs de sable. Chaque ghat a son usage, il y a celui pour les lavandiers, celui des ablutions, en endroit pour la priere du soir, des ghats reserves aux femmes et d'autres aux musulmans, et bien sur, les ghats de cremation. Nous etions juste a cote de ce dernier, Manikarna ghat, endroit sacre s'il en est ou tout Hindou reve de se faire incinerer pour en finir avec le cycle des reincarnations. On y brule les corps avec un feu dont on dit qu'il ne s'est pas eteint depuis plus de 3000 ans. C'est un drole de spectacle, ce petit ghat borne par d'enomes piles de bois -plus ou moins couteux selon s'il brule bien- ou regne une activite incessante, Une dizaines de foyers brule en permanence. Dans les ruelles alentours, on croise parfois les processions portant des corps sur une civiere, enveloppes dans les linceuils blancs pour les hommes, rouges pour les femmes ou dores pour les vieux. On s'efface devant le cortege qui arrive au ghat; le corps est depose sur le bucher, asperge de fluide, le fils aine doit tourner autour 5 fois, puis le feu est mis qui sera entretenu jusqu'a la combustion complete.
Nous sommes restees la un moment, un peu en retrait sur les marches que l'on partage avec vaches, chevres et tous ces 'professionnels' de la mort qui boivent placidement leur tchai a cote des brasiers permanents. Pas assez pres sans doute pour voir ces visions d'horreur que racontent d'autres routards, l'image d'un corps en train de se calciner quand le linceuil a brule... il fallait sans doute se rapprocher plus pres, mais voila, nous n'en avions pas vraiment envie, on se sent deja un peu voyeur... il ne nous viendait pas a l'idee de nous asseoir dans un cimetiere francais pour voir les ceremonies d'enterrement de personnes que nous ne connaissons pas. A Benares pourtant, et en Inde, la vie et la mort semblent plus etroitement liees que chez nous, moins honteuse... En fait, la vie y apparait plus brute, sans tous ces filtres que le monde moderne s'efforce d'y appliquer, la misere y est apparente, presque etalee, et le luxe ostentatoire, les odeurs de charogne se melent a celle du jasmin, des femmes sublimes cotoient des estropies, et les vieillards edentes ont tous des portables...
Encore quelques pensees sur la transience de l'existence, et puis nous partons explorer le reste de la ville. Les ruelles qui s'etendent derriere les ghats donnent une bonne idee de ce que devait une ville au moyen age. Labyrinthe incroyable de venelles si etroites que dans beaucoup, on peut a peine se croiser, odeur pestilentielles d'urine, de bouse et des tas d'autres effluves non identifiees... On tourne a droite, a gauche, demi tour parce que c'est un cul de sac ou qu'un groupe de vaches obstrue le chemin (j'ai fait des progres et croise ces dernieres sans trop de frissons, sans doute parce que les vaches indiennes sont nettement plus placides que nos Holstein), le sol est infect entre les dejections, les multiples crachats -car tous ici semblent chiquer du betel pour le cracher ensuite en grosses taches rouges-, des immondices de toute sortes... Pas ou peu d'echoppes, juste des couloirs qui semblent ouvrir dans les cours des maisons. Qu'y a t-il derriere, mystere?
On finit par revenir vers des ruelles plus commercantes ou l'on trouve de tout et de rien, tee-shirts a l'effigie de Ganesh, cartes postales, chapelets, colliers de verroterie ou encore necessaires pour la cremation comprenant les linceuils dores et les guirlandes de fleurs oranges et jaunes ... On se fait heler mollement, ici on n'est pas a Agra et la foule n'est pas la meme, et puis la chaleur regne encore qui rend les gestes lents et les klaxons des motos moins vifs.
Le soir, nous allons vers le 'main ghat', l'un des plus central ou tout le monde semble finir par venir trainer; ambiance relax , les enfants jouent, les chiens se roulent dans la poussiere, les boucs poursuivent de petites chevres noires et blanches, les vendeurs proposent leurs tours de bateau, massages Kama Sutra ou autres specialites... On s'assied sur les marches pour regarder couler l'eau et les bateaux amenant les pelerins aux atours colores de l'autre rive... C'est paisible. je regarde derriere nous. Voila pres de trois semaines que nous sommes en Inde,et notre oeil s'est un peu blase, mais je realise soudain a quel point le spectacle autour de nous est incroyable et different de tout ce que nous connaissons... les odeurs delicieuses ou putrides, les couleurs invraisemblables des saris, le melange de musulmans de blanc vetus, de saddhus en loques mais beats, de colporteurs roublards, de pelerins et de routards, entre lesquels evoluent les animaux, singes, chiens, vaches chevres ... C'est un concentre de l'Inde, ce chaos organise, qu'il est difficile d'imaginer tant que l'on n'y est pas alle.

Nous realisons que les marches sur lesquellles nous sommes assises sont celles sur lesquelles a lieu la ceremonie de la Puja qui a lieu le soir ; une petite foule s'affaire a preparer le lieu, tresser des guirlande de fleurs autour des poteaux qui se dressent devant le Gange, nettoyer les cinq autels sur lesquels vont officier les pretres, decorer la statue de la divinite avec des fleurs, disposer devant des coupes de graines, fruits et legumes frais. La cermonie commence et nous sommes au beau milieu. Cela dure pres de deux heures et c'est l'un des moments les plus magiques que j'ai vecu en Inde... peut etre parce que nous sommes au milieu des Indiens qui pour une fois ne songent pas a nous vendre quoi que ce soit et nous regardent a peine (sauf des enfants qui nous font des sourires), parce qu'il regne une ferveur intense. Mias la ceremonie bat son plein. Un chanteur a la voix de velours qui s'accompagne d'un petit harmonium portable pour rythmer une melopee extremement prenante tandis cinq pretres vetus de safran accomplissent avec une grace infinie le rituel qui est une choregraphie avec des coupes argentees en forme de serpent contenant de l'huile en feu, des conques, des poignees de petales ... L'on remet la lumiere au fleuve... une procession de petite lampes a huile entourees de fleurs roses s'en vont en dansant sur le courant. Des petites clochettes tintent en permanence, en fermant les yeux, on rentre presque en transe. Que j'aime l'Inde a cet instant la!
Le lendemain a l'aube, nous allons nous promener en barque sur le Gange; les ghats defilent. Main ghat, spectacle incroyable des pelerins venus se purifier dans l'eau dans laquelle il faut s'immerger cinq fois avant de boire une gorgee puis eventuellement de se laver. Incroyable d'abord quand on voit l'eau qui, si elle est sacree, est aussi sacrement... crade, Il y traine toutes sortes de dechets, et meme aux dires de certains, les 'restes' de cremation. Cela ne perturbe nullemnt la foule qui se baigne, se brosse les dents, se lave les cheveux, les enfants qui nagent avec ravissement. Les femmes rincent les saris puis les etendent a secher sur les marches et l'on ne peut s'empecher de mitrailler tant cela est beau... Oui, Benares est une ville a part, folle et si paisible a la fois, mystique c'est sur. On ne regrette pas les 20 heures de train pour y arriver>

 Nous sommes revenues a Delhi en train, premiere classe, petit luxe pour signer la fin du voyage. Le contraste entre les premieres et les 'dernieres classes', bancs de bois durs, fenetres a barreaux et cohue indescriptible prenant les places d'assaut, est saisissant. Nous avons un compartiment moquette pour nous et sans doute plus de personnel dans le wagon que de voyageurs. On nous propose a diner, de l'eau, du the, du cafe, du jus... chaque employe ayant sa fonction specifique... et chacun se plantant indefiniment a la porte apres sa prestation jusqu'a ce que nous comprenions qu'il attend un pourboire. Le grand luxe et une climatisation feroce, car nous avons passe une nuit transies par 16 degres... Arrivees a Delhi, on se dit que la ville a ete changee pendant notre absence, tout parait infiniment plus moderne et propre apres notre periple; il fallait voyager ailleurs pour saisir a quel point la capitale de l"Inde est infiniment plus moderne que ses campagnes.
Derniere viree shopping... comment resister a toutes ces etoffes magnifiques, broderies sur soie, coton tisse a la main, eventails a pompons... Florence/Natacha fait son sac, bourre a craquer de quelques merveilles, et puis en route pour l'aeroport. Tandis qu'elle embarque pour Paris et son anonymat (il n'y aura sans doute personne a Paris pour lui courir apres afin de lui demander une photo ou lui serrer la main), je prends la destination de Bangkok. J'ai renonce a l"inde du Sud pour l'instant en raison de la chaleur epuisante, et les cols du Laddakh ou je voulais aller ne sont pas encore ouverts car sous la neige (frontiere du Nepal et de la Chine, altitude moyenne 3500 metres)... Peut-etre y reviendrais-je en Juillet pour un trekk pres du toit du monde.
Je quitte l"inde avec une drole de sensation ; pays incroyable, merveilleux et parfois detestable, je n'ai jamais rien vu de pareil dans tous mes voyages. Envie d'y revenir et soulagement de partir quelques temps parce que ces trois semaines ont ete fatigantes, entre chaleur, harcelement et deplacements parfois interminables. Mais nous en avons pris plein les yeux, les narines et les oreilles, et je garde encore au bout des doigts le souvenir de la douceur du marbre des temples et des etoffes qui en font un veritable paradis de la couleur.
par Anne-Catherine publié dans : Inde
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Blog : Musique sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus