Jodhpur...
Nous etions dans un guest house comme un chanson de Maxime le Forestier, une maison bleue accrochee a la colline ou l'on ne frappe pas... Le lendemain, depart un peu tardif sous la chaleur toujours
aussi brutale (plus de 40 degres tous les jours) pour grimper a la forterese qui nous surplombe. Bon, en verite, c'est le touk-touk tres poussif qui attaque l'ascension apres de dures negociations
et la tentative d'arnaque habituelle (nous deposer au bout de 300m en disant: c'est la, mais on ne nous la fait plus!!!).
Le fort de Mehranghar est une merveille moghole de pierre rouge qui se dresse au dessus de Jodhpur, gigantesque et imposante des l'entree. Jamais prise par les ennemis en raison de ses murs epais
et de sa construction ingenieuse, comme la porte d'entree construite dans un coude tres en pente et herissee de pointes qui decouragaient les assauts des elephants... A l'interieur, tout est calme
ordre et beaute; les facades des cours merveilleusement fraiches malgre la chaleur sont en jalis, des dentelles de marbres ajourees qui fontionnent comme les moucharabiehs d'Afrique. Difficile de
decrire tant de beaute, chaque cour successive que nous passons est plus belle que la precedente. Le probleme de l'Inde, c'est que l'on est vite a court de superlatifs...
En haut, les appartements de maharadjahs qui l'occuperent jusque vers le debut du 20eme siecle; chaque centimetre carre est decore, frises au plafonds, peintures, tapis fastueux sur carrelages en
mosaiques, vitraux de verre colores. Ce pourrait etre opressant, c'est juste tres beau, reflets d'une splendeur passee completement insensee.
Des tourelles, on voit la ville qui s'etend au dessous, bleu lavande, de la couleur dont sont peintes une grande partie des facades pour des raisons autrefois religieuses (couleur des
brahmanes) et aujourd'hui pratiques puisque le bleu eloigne les moustiques.
En fin d'apres midi, nous redescendons et flanons dans le marche. Pas de touriste, nous sommes miraculeusement epargnees par le harcelement frequent. Les ruelles tres etroites abritent des echoppes
des deux cotes sous des toiles tendues pour se proteger de la chaleur. La encore, extreme specialisation, nous allons du marchand de galons a celui de perles, tandis que le suivant ne vend aue des
voiles de saris dans trois couleurs. La lumiere de fin d'apres midi filtre entre les toiles, tout est un peu ralenti, paisible... On se reconcilie avec Jodhpur.
Pour autant, nous peaufinons nos nouvelles personnalites qui permettent parfois de gagner un peu de tranquillite (car a cote de la beaute insensee de ce que nous voyons, il faut bien dire que
l'impression d'etre un porte monnaie ambulant est parfois penible) ; autrefois, nous etions visceralement honnetes et pas menteuses, mais c'est fini depuis que nous avons mis le pied a delhi!!!
Nous sommes desormais Natacha et Tatiana, deux meres de familles Ukrainiennes, en sejour pour la troisieme fois en Inde. Quand a Florence/Natacha qui n'aime pas negocier, il faut la voir
marchander 5 roupies avec les conducteurs de touk touk!!!
Nous retournons vers notre maison bleue par les minuscules ruelles, croisant toujours autant d'animaux. Les rues ne sont guere propres car le systeme de depose des ordures consiste a ouvrir sa
fenetre pour verifier qu'il n'y a pas de passants en dessous puis ensuite jeter tout ce qui encombre, papiers, bouteilles, restes de repas, crachats... Des tranchees servant d'egout courent le long
des rues pour evacuer tout cela, ainsi que les innombrables bouses ... les chiens s'y baignent avec delices a cause de la chaleur... on finit par s'habituer.
En route pour Udaipur
Nous partons le lendemain tres tot... luxe supreme, nous avons loue une voiture pour la journee. Nous quittons la ville dans le petit matin, les magasins sont a peine ouverts, des caravanes de
petits anes croisent les vaches indolentes... au detour d'une ruelle, on croirait un mirage, mais non, c'est bien un elephant qui est en train de boire au robinet.
La route unique qui relie Jodhpur a Udaipur est une deux voies, c'est donc la place pour ou vehicules de taille diverses... Je commence a comprendre le code de la route, il faut klaxonner tres
fort pour s'annoncer, et la priorite est au plus gros (donc si un camion double par le bas cote et qu'une moto arrive en sens inverse, elle a interet a se garer sinon elle finit dans le
decor). Cela fonctionne a peu pres bien... sauf qu'il y a nos amies les vaches qui sont totalement insensibles au klaxon (en venant de Jaisalmer, le bus avait failli verser a cause d'une
d'entre elle nonchalamment stationne en milieu de route). Meme si notre chauffeur conduit presque bien, il faut quand meme faire confiance a Saint Christophe ou quelque divinite
hindoue pour arriver a bon port.
Au passage, nous nous arretons au temple de Ranakpur, petite merveille aux milles colonnes de marbre blanc doux comme de la creme qui dresse ses coupoles sculptees comme dans une vieille
illustration d'un livre de Rudyard Kipling au milieu d'un jardin luxuriant. A l'interieur du temple Jain, il regne une ombre et une fraicheur apaisantes, ponctuees par les roucoulements des
pigeons...
Cette fois la, nous devons abandonner notre personnalite de Natacha et Tatiana pour devenir de vraies Monica Belluci... les Indiens nous courent apres pour nous serrer la main, nous prennent
subrepticement en photo (la veille, on nous a aussi demande de poser plus d'une fois avec des familles indiennes), quelle drole d'impression que cette soudaine celebrite due a notre extreme
exotisme.
Il faut quitter le petit temple hors du temps pour repartir vers notre destination finale, Udaipur. Le paysage a change, ce n'est plus le desert du Thar mais des collines avec de petits murets bas
qui delimitent des champs cultives, des villages aux couleurs de poussiere dans lesquels des hommes tres beaux portant moustaches et turbans roses ou vermillion accompagnent les troupeaux de
moutons...
Enfrin, on arrive a Udaipur. Le nom fait deja rever, et la ville, du moins l'endroit ou nous trouvons un guest house, est un petit bijou. Installees en face des ghats, ces
marches qui permettent aux gens de descendre faire leurs ablutions ou nettoyer le linge, nous sommes au spectacle. L'eau du lac est basse, mais la vue reste spectaculaire. Nous
laissons descendre le soir en discutant, tandis que des centaines d'oiseaux passent a vol lent... canards, cigognes, aigrettes, c'est le paradis des ornithologues. Sur la terrasse voisine, trois
petits enfants nous font un spectacle improvise, tout heureux d'avoir un piublic. C'est le calme absolu, on se glisse lentement dans la peau des voyageurs derivants...
Le soir est presque tombe et les cieux sont maintenant envahis par des nuees de grosse chauves souris. Puis il fait tout a fait nuit, mais le palace, c'est a dire la residence des marahanas reste
allumee en face de nous...
La prochaine fois, j'essaierai de faire plus court et moins decousu, mais il y en aurait tant a dire tant nous voyons de spectacles tous les jours... l'Inde c'est sale, totalement
deconcertant, dur, fatigant, mais qu'est ce que c'est beau!!!