Dimanche 27 juillet 2008



Pour accompagner les recits de ma petite equipee Vietnamienne, quelques photos en ligne dans l'album Vietnam.

par Anne-Catherine publié dans : Vietnam
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Mercredi 23 juillet 2008
Le train arrive a 5h30 du matin a Lao Cai, 1km a peine de la frontiere Chinoise. Un peu groggy, je monte dans un minibus qui part vers Sapa, la ville dans les montagnes. Trajet superbe entre les valles ou les cultures en etages sont tirees au cordeau d'un vert rendu encore plus intense par l'humidite. Les pentes sont si abruptes que l'on se demande comment les plantes ne poussent pas horizontalement.
A Sapa, je trouve une guest house construite a flanc de montagne qui donne sur une vallee vertigineuse. Sapa est une station en altitude... dont la premiere qualite est qu'il y fait bien meilleur qu'en plaine, on supporterait meme une petite laine le soir. La ville est petite, quelques ruelles avec des vendeurs ambulants, un minuscule marche (ou se cotoient choux, fils a broder, chaussures de randonnee et piments), beaucoup de touristes venus prendre le frais, et au bout de chaque rue, une descente ou une montee a pic vers les cols et les plaines des environs.
C'est la 'capitale' des ehtnies du Nord du Vietnam; Thai blancs, Hmong noirs, blancs, rouges ou fleurs, Dzao... Comment ne pas etre emerveille devant le tourbillon de costumes traditionnels. Les femmes Hmong noirs, minuscules, portent un bandeau noir rigide dans lesquelles elles plantent des peignes d'argent ou de plastique, des costumes Indigo brodes, d'elegantes guetres de la meme couleur, de multiples bijoux d'argent... et elles ont les mains bleues a cause de la teinture. Elles cousent inlassablement sacs, coussins et autres pochettes qu'elles vendent aux touristes. Impossible de faire un pas sans etre suivi par une nuee de femmes et d'enfants qui se battraient presque pour vous vendre le fruit de leur travail. Les Dzao, a peine plus grandes, arborent une magnifque coiffure rouge, ornees ou non de pompons selon leur statut marital. D'autres ethnies ont des jupes a fleurs plisses et des fichus rose ou vert.

Le premier jour, j'explore la petite ville a pied. Plaisir de deambuler dans des rues bien plus propres que celles de Hanoi, d'acheter des fruits au marche -il y a ici des multitude de minuscules pommes et prunes des montagnes a cote des mangoustans, ramboutans et autres fruits tropicaux. Le soir, je retrouve Neus et Angel, un couple d'andorains adorables rencontres a Hanoi et nous explorons la vie nocturne de Sapa, un bar dont l'ecriteau precise qu'il est ouvert 'de trois heures jusqu'a tard.' Mais hormis le barman qui ne doit pas avoir plus de 17 ans et quelques couples de moustiques, il ne reste que nous pour faire la fermeture... a minuit. Bon, tout le monde ici doit etre tres sain et se preparer au trekks difficiles en se couchant tot.

Le lendemain, je loue une petite moto (125cc), et nous voici partis a l'assaut du mont Fansipan, un sommet qui culmine a plus de 3000m. La route en bitume ne dure guere; elle est en train d'etre faite ou refaite, on nous arrete d'ailleurs a mi chemin tandis que des ouvriers font exploser la montagne a la dynamite quelques centaines de metres plus loin. Bientot, c'est une piste de trial; parfois, le goudron n'est plus qu'une bande de quelques centimetres, parfois il n'y a que de gros cailloux, des ornieres profondes et glissantes. Rude pour les fesses et les avant bras car on a les mains crispees sur le guidon pour ne pas deraper sur le sol detrempe. Ma moto ne tient guere le ralenti; a chaque fois que je passe en premiere et m'arrete, le moteur cale, tandis que si je me mets au point mort et retire la clef du contact, le moteur continue a tourner! Je ne suis donc pas surprise quand elle hoquete un peu dans un pente un peu raide avant de s'arreter completement. Mais cette fois, impossible de repartir. Angel vient a mon secours. Apres examen attentif, le verdict tombe; pas d'essence! (il faut dire que la premiere moto que l'on m'avait passe avait le reservoir plein mais la clef bloquee, je n'ai pas pense a verifier la deuxieme que j'ai recue en echange). Un camion secourable s'arrete... pour nous informer que la seule station d'essence est a Sapa, 12 km de piste plus bas. Arrrgh, c'est trop bete. On se tate pour monter a trois sur la motos des Andorrains et finir cette premiere halte avant de retourner a Sapa. Heureusement, les secours arrivent ; deux jeunes filles en moto qui m'ouvrent leur reservoir, un camion qui s'arrete a mi pente, juste le temps de me passer un bout de tuyau. Nous siphonons le reservoir des deux jeunes filles (enfin, Angel siphonne tandis que je regarde). Alleluia, j'ai un litre du precieux liquide. On peut continuer!!!
Helas, le col est noye de brume et de bruine, on ne voit qu'a quelques metres. L'ascension du mont Fansipan, ce sera pour un autre jour. Il faut redescendre, non sans admirer les cascades vertigineuses et le panorama a couper le souffle qui se dresse alentours. Cette fois ci, on descend en dessous de Sapa, a CatCat, village Hmong. Heureusement que je suis en moto car les touristes qui remontent la pente ont l'air de souffrir. Nous faisons un trekk dans les collines pour voir de plus pres les plantations de riz, de mais et de chanvre. Il faut sans cesse monter et descendre, on arrive en sueur mais eblouis par la beaute des paysages. Cela ressemble un peu a ce que j'avais vu au Nord du Laos (toujours pres de la frontiere Chinoise) mais en plus epoustouflant encore, echarpes de nuages autour des montagnes, rizieres au vert lumineux, terre rouge, et partout, les touches de couleurs des Hmong, Dzao et autres habitants qui vaquent a leur travaux des champs. Decidement, le Vietnam est un bien beau pays!
Dans l'apres midi, j'accompagne Angel et Neus au bus qui les ramenera vers Lao Cai et le train pour Hanoi, puis je decide de pousser l'aventure en moto (j'ai refait le plein!) vers d'autres villages qui se trouvent en contrebas de Sapa. Un arret dans la rue principale pour saluer les Israeliens avec qui j'avais fait le tour de la baie d'Halong. S'arreter quelques minutes, cela veut dire qu'immanquablement une petite troupe de Hmong va essayer de vous vendre quelque chose. Cette fois, c'est Chi, une gosse de 12 ans vetue de blanc (encore une autre ethnie) qui me demande dans un tres bon anglais comment je m'appelle, d'ou je viens, ou je vais. Quand elle sait que je me rend a Tavan, elle me dit que c'est son village et demande a m'accompagner. Pourquoi pas?
Nous voila donc partis au pas des tortues parce que je n'ai pas envie d'avoir un accident avec une si jeune passagere. La route est bien meilleure que celle du mont Fansipan, mais parfois, il faut ralentir... par exemple pour traverser une cascade qui barre la route. Evidemment, je cale en plein milieu, et je finis en poussant la moto qui pese une tonne, tandis que Chi m'attend de l'autre cote en se moquant de moi.
Nous voici enfin a son village, apres qu'elle m'ait raconte qu'elle a deux meres et quatre soeurs, que sa deuxieme mere ne l'aime pas, qu'elle vend des sacs pendant qu'elle n'est pas a l'ecole, qu'elle reve de voyager.  Tavan est au bout d'un chemin abrupt. C'est un village 'authentique' avec parking pour les minibus a touristes!!! Bon, je sais, j'en fais partie de ces maudits touristes, mais cela gache un peu le plaisir de la decouverte. D'autant que lorsqu'un lieu est abondamment frequente par les touristes, le commerce de souvenirs s'y developpe de facon peu subtile... voire penible.
Finalement, c'est une benediction que Chi m'accompagne, cela evite de se faire prendre en embuscade par les dizaines de femmes qui fondent sur les touristes des qu'ils posent le pied dans le village. Je fais la fiere avec ma nouvelle amie!!! Nous visitons son ecole, le village. Comme partout, il y a des femmes qui brodent, qui travaillent les rizieres, des enfants a califourchon sur les buffles gris,  de minuscules cochons noirs (plus petits que les canards!) et des poulets de course, cette race sauvage qui semble avoir ete croise avec des autruches tant leurs mollets et leurs cous sont longs.
Retour vers Sapa, cette fois je traverse fierement la cascade sans caler et vais deposer Chi la ou je l'ai rencontree pour qu'elle retrouve ses copines. Je reste encore baba de son niveau d'anglais, appris seulement grace aux touristes (on trouve bien souvent ici des gens qui parlent plus que correctement anglais et parfois une autre langue alors quils ne savent meme pas ecrire!). D'ailleurs, quand une fois je lui ai demande de repeter a trois reprises parce que je ne saisissais pas ce qu'elle me disait, elle m'a dit avec un petit sourire de commiseration ; ''c'est normal, que tu ne me comprennes pas, comme tu es Francaise tu ne parles pas bien l'anglais!!!'.

Helas, le jour suivant est pour la plupart noye sous la pluie. Je fais quelques achats; pour une fois, laissant de cote ma passion monomaniaque pour la soie, je prends du coton brode. On voudrait acheter a tout le monde, car si les vendeuses sont extremement insistantes, elles n'en sont pas moins adorables. Chaque vente est accompagnee d'un petit cadeau, souvent un bracelet de coton. J'achete a une adorable vieille dame Dzao qui a 64 ans, 13 enfants et un sourire a faire fondre la neige. La vente dure un moment, il faut s'asseoir, negocier, se faire des sourires... Elle est si gentille que je regrette presque d'avoir demande a faire baisser les prix. Je finis par lui offrir mes chaussures de randonne, faute de savoir de quoi lui faire present. Nous nous recroiserons plusieurs fois ensuite, et a chaque fois, on se serre la main et on se tape dans le dos.

Je n'ai guere fait de photos a Sapa, hormis un portrait de Chi et un autre de la vieille dame Dzao. Ce ne sont pas les occasions qui manquent de faire des portraits magnifiques, mais je suis un peu mal a l'aise par le sans gene des touristes. Sous pretexte que ce sont des 'indigenes pittoresques', ils se plantent avec leur gros objectifs sous le nez des habitants et les mitraillent sans leur demander leur avis, comme si on etait au zoo.

Retour a Lao Cai ou le train doit me ramener vers Hanoi. Le temps d'une coupure d'electricite qui plonge toute la ville dans le noir (j'en aurai eu pas mal tout au long de mon voyage) et puis le train s'ebranle. Il ne me reste qu'une journee a passer a Hanoi et elle sera helas aussi noyee sous des pluies torentielles.... L'aventure Vietnamienne est finie, je repars pour une breve halte en Thailande puis les montagnes du Laddakh. Comme a chaque fois, j'ai un pincement de coeur en quittant le pays, sensation qu'il y a encore tant de choses a voir. J'espere revenir bientot, faire d'autres periples dans le Sud Est asiatique. J'aime ces pays, les odeurs, les couleurs, la gentillesse et la simplicite des gens qui ne s'embarassent pas de nos chichis, la nourriture a l'infinie variete, les paysages sublimes. Oui c'est sur, il faut revenir.
par Anne-Catherine publié dans : Vietnam
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Samedi 19 juillet 2008
Un peu de retard dans les mises a jour du blog... Il faut dire que les cafes Internet au Vietnam sont une experience a peu reposante; bien souvent remplis de jeunes garcons (entre 10 et 16 ans) qui jouent a Doom, Warcraft et autres jeux en reseau, ils vivent a fond leurs parties, se HURLANT leurs resultats en fumant comme des pompiers. Chaque fois que j'en sors, j'ai l'impression d'avoir perdu quelques degres d'audition!

Suite du voyage apres l'equipee sauvage... Un peu desorientee par le retour a la civilisation apres cinq jours sur les routes de montagne peu frequentees du centre Vietam, me voici a Hoi Han. Petite ville adorable, c'est une des rares cites du pays qui fut epargnee par les bombes pendant les conflits successifs. On croirait presque une ville artificielle tant elle est bien preservee; ancien comptoir maritime qui acueillit des bateaux de tous horizons, des commercants Portugais aux Chinois ou aux Indoneseins, on y touve profusion de temples, de 'maisons de congregations' (sorte de representations de marchands), ou juste de maisons anciennes avec les petits toits de tuiles chinoises grises et les facades peintes de toutes le couleurs, ce moutarde caracteristique des batiments coloniaux, mais aussi un joli bleu ceruleen, ou encore le vieux rose chinois. L'humidite fait sur les murs des taches artistiques en forme de creatures fantastiques. Partout des dragons, au faite des toits, au dessus des boutiques, a l'entree des temples, en sculptures de bois ... . Lorsque l'on se promene dans les ruelles tranquilles, des hauts parleurs diffusent une douce musique tandis que les centaines de lanternes colorees s'agitent dans une tres legere brise aux devantures des magasins. La ville est situee au bord d'une riviere qui voit passer toutes sortes de bateaux, des barcasses plates de pecheurs venus apporter le fruit de leur peche aux bateaux qui emmenent les touristes dans les environs. Tout irait bien si ce n'est la chaleur et humidite feroce qui regnent.
Mais ce qui fait la grande celebrite de HoiHan et y attire des nuees d'etrangers, ce sont les tailleurs; plus de 500, sans compter les chausseurs, il y a les moyen de refaire completement sa garde robe a moindre frais, et les ruelles voient passer un ballet de touristes charges de paquets a l'enseigne d'un tailleur ou d'un autre, ou en train de se faire prendre leurs mesures. On peut meme s'y faire faire faire des robes de mariee... Comme les autres, je cede aux sirenes de la confection sur mesure. Il suffit d'apporter un modele de vetement pour le faire copier, ou encore de choisir dans tous les magasines de mode a disposition dans chaque echoppe... si les resultats ne sont pas a la hauteur de vos attentes, en principe on vous retaille le vetement (dure vie pour les couturieres qui travaillent parfois tard le soir pour accomoder les touristes qui ne sont la que quelques jours). Je vais au marche aux tissus, gigantesque halle envahie par des metrage de soie ou de coton de toutes les couleurs et qualites sous un toit de tole ou regne une etouffante chaleur (et traverses par d'enormes rats en route vers le marche alimentaire voisin). J'y rencontre une vendeuse toute jeune et haute comme trois pommes a l'entousiathme communicatif. Nous feuilletons les pages de vVogue, elles me mesure des pieds a la tete, et c'est parti. Une robe, deux robes ... le deuxieme soir, le jugement un peu affaibli par la chaleur et l'attention parfois un peut trop pressante des demoiselles qui s'affairent sur les stands, je me laisse emporter par mon elan. Le lendemain, je vais chercher les resultats de ma commande ... Gloups, je me suis fait tailler une robe de Barbie en lycra rose!!! C'est sur, elle ira bien avec mes cheveux deteints en blond par tout le soleil! (enfin, je crois qu'elle finira ses jours sur ebay... si je trouve une Barbie susceptible de l'acheter). En tous cas, la vendeuse est ravie de son oeuvre. Comme je lui ai apporte du business (malgre cette erreur manifeste, j'avais commande d'autres vetements) et que je l'ai recommandee a d'autres clients, elle me serre dans ses bras, m'embrasse, m'apporte a boire, me fait un chignon ellabore.

Chaussee et rhabille de neuf (des robes sans manche et des sandales roses qui seront certainement d'une grande utilite pour l'hiver parisien), mais la bourse plate, je prends la route de Hue. Apres presque 10 jours sans bus, j'avais oublie les joies de ce mode de transport : la musique a fond, les haltes sans raison... heureusement que le trajet ne dure que 4h30 (raisonnable pour 120 km), mais je crois avoir excede mon quota de bus pour les 10 annees a venir. D'autant que sans reflechir, je me suis installee non loin du conducteur... et de son klaxon! Il faut dire que dans toute l'Asie, on conduit au klaxon, le doigt pressant en permanence cet engin de malheur. Pour avertir, pour remercier, pour depasser, pour rien aussi, par habitude. Les bateaux klaxonnent, les motos klaxonnent, les camions klaxonnent, les bus klaxonnent, et au bout d'un moment, on n'a plus qu'une envie, celle d'etrangler les conducteurs ou d'etre atteint de surdite momentanee.

En chemin, nous longeons la fabuleuse plage de Danang. Emaille de bateaux de peche, de filets a balanciers, une longue bande de sable blanc bordee par les rochers de la baie, qui donne bien envie de s'y baigner. Helas, mon emploi du temps tres serre (si si!!!) n'inclut pas de halte farniente sous les cocotiers, je me contente donc d'admirer les pecheurs qui rejoignent la plage. Ici, l'expression 'coquilles de noix' pour designer une embarcation prend tout son sens, puisqu'ils ont des barquettes de forme ronde dont on se demande comment elles ne tournent pas en rond a l'infini.

Voici Hue, cite imperiale. Malheureusement, elle fut impitoyablement bombardee et essentiellement rasee... ce qui reste de la ville nouvelle n'a pas grand attrait, j'ai beau faire des kilometres a pied (pourchassee par les conducteurs de moto, il en se passe pas 100 m sans que l'on me propose de monter), je n'y trouve guere de beaute. En revanche, la citadelle imperiale est un enchantement. Il faut passer les premieres fortifications, puis une deuxieme mur d'enceinte qui abrite les batiments qui servaient de residence a la famille imperiale de la dynastie Nguyen, entre le 19 et le 20e siecle (Bao Dai, le dernier empereur, est mort en exil a Paris). Bien que beaucoup de batiments aient souffert des bombardements, ils sont peu a peu restaures de facon tres convaincante. A l'interieur des douves envahies par les lotus blancs et roses, on trouve une vraie petite ville. Residence de l'empereur, halls de reception, appartements de l'imperatrice, temples...

Apres Hue, voici Hanoi. Asie revee disait le guide... a condition d'aimer la pollution, la circulation, les traversees de rue perilleuses et les odeurs pestilentielles qui montent de la rue la nuit, sans compter les harcelement des conducteurs de motos ('Hey you, motorbike' est leur cri de guerre. Il faudrait dresser des statistiques sur le nombre de fois ou l'on se fait inviter a monter dans un vehicule quelconque, taxi, moto ou pouse pousse.)! Les fils electriques pendent dans tous les sens, et ils faut etre vigilant si l'on ne veut pas se faire decapiter ou eborgner parce que l'on regardait du mauvais cote.
Mais Hanoi recele quand meme beaucoup de tresors si l'on ne s'arrete pas a ces details. Le spectacle de marionnettes sur l'eau; des figurines en bois agitees par une perche quasi invisible sous la scene d'eau verte; malgre la grossierete des traits, on dirait que les poissons sont vivants, les enfants se deplacent avec gaite tandis que les figurines de vieillard avancent avec dignite... Spectacle pour enfants peut etre, mais c'est merveilleux, et on sursaute quand les dragons aparaissent en crachant le feu, on se moque du pecheur dont les canards sont derobes par un leopard qui monte dans un arbre au coin de la scene, sans jamais voir les marionettistes caches derriere un rideau de bambou...
Le theatre se trouve au coin du lac HoaKien, joli plan d'eau en pleine ville ou aparaissent parfois des tortues geantes. Tout autour, on trouve des amoureux sur les bancs publics, des dames d'un certain age qui font du TaiChi et des tas de gens qui entretiennent leur forme en faisant du jogging ou du badminton.

Il y a aussi le musee d'ethnologie qui permet de saisir un peu l'incroyable diversite ethnique du Vietnam (plus de 50 ethnie cohabitent dans le pays). Les costumes sont magnifiques, et les traditions d'une grande complexite. On peut y admirer des regles pour mesurer les cochons, des arbres a priere, et tout un ensemble de maisons reconstituees, dont les Ruong, ces edifices communautaires au toit de chaume de plus de 10m de haut. Curieux de constater la parente de ces constructions avec certaines maisons du pacifique Sud. Et puis les Hanoiais ont le contact facile. Pour peu que l'on s'assoie quelques instants sur un banc ou des marches, on noue facilement la conversation avec eux. Grande ville donc, mais moins impersonnelle et etouffante que Saigon... (du moins au niveau de la pollution, car l'humidite avoisine les 99 % certains jours... c'est a dire des trombes d'eau, saison des pluies oblige. A chaque fois je crois avoir vu les deluges de fin du monde, et plus la saison avance, plus ils sont importants).

Depuis Hanoi, je vais visiter la baie d'Halong. Comme il est quasiment impossible de la visiter par ses propres moyens (a moins justement que lesdits moyens ne soient tres consequents), je me vois contrainte de me joindre a un tour organise... a l'instar ds quelques milliers de touristes qui ont eu la meme idee. C'est une machine bien rodee. Ramasse le matin et entasse dans un minibus avec d'autres compagnons de route a moitie endormis, nous voici en route avec des dizaines d'autres minibus, faisant les memes haltes dans les memes magasins (quoi que, on nous arrete pour la pause pipi dans un endroit qui vend des statues de marbre de plusieurs centaines de kilos ou des jarres de porcelaine peinte si grandes que l'on pourrait y prendre un bain. Pas vraiment le genre de souvenir qu'il est facile de caser dans son sac a dos) ou l'on vend des snacks a des prix prohibitifs. Tant pis pour ceux qui n'ont pas fait leurs provisions avant de partir..
La ville de Halong est vilaine comme tout, envahie de tristes hotels trop hauts et trop recents, et le nombre de touristes qui attendent leur embarcation defie l'imagination, on se croirait dans un aeroport international. Moderne tour de Babel, il y a la des gens venus de tous les coins du monde. Enfin, apres une attente interminable, on embarque sur une jolie jonque. Nous faisons lentement route vers ces milliers de pics de roches karstiques dont on dit qu'ils furent crees par les battement de queue d'un dragon. Meme si nous ne sommes pas seuls, c'est bien beau, et puis heureusement, le petit groupe a borde de la jonque est fort sympathique (une quinzaine de personnes, des Australiens, des Americains dont une jeune femme qui ensigne en Chine et un ancien chroniqueur sportif qui a enseigne l'anglais au Japon, Thai qui fut Vietnamien avant d'etre Belge avec son fils et sa fiance, Hoddiah et Ron des Israeliens qui vivaient encore a New York il y a quelques mois...). Autant dire que les conversations a table sont animees, fi des habituels 'd'ou venez vous, ou allez vous?', on parle pour une fois de politique internationale.
On visite une grotte sublime et gigantesque avec des eclairages colores (dommage que le guide doive nous signaler chaque rocher la forme que l'on est cense voir). Il y a en a beaucoup dans la baie, mais nous ne verrons que celle la (cela me rappelle la baie de PhanNga en Thailande ou l'on trouve les memes rochers, qui sont creux a l'interieur. On accede a certains en se couchant au fond du kayak pour ne pas toucher les colonies de chauve souris, et on arrive dans une sorte de cirque naturel ou la vegetation pousse a la verticale et ou l'on peut observer une faune veritablement prehistorique, comme ces poissons a pattes qui montent sur les racines semi immergees des arbres). Apres la grotte, petit tour en kayak (il faut slalomer entre les jonques de touristes) pour aller vivister une minuscule de sable blanc.
Le soir, on s'arrime a deux autres bateaux, puis le jeu consiste a sauter du pont superieur. Je me precipite...et au bord, je recule des papillons plein l'estomac. Maudit vertige!. La derniere fois que j'ai essaye de l'ignorer ou d'en triompher, je me suis jetee de plus de 3m de haut d'une corde qui pendait d'un cocotier et ai atterri la tete la premiere. Pas la peine de tenter le diable, je me resouds a sauter du deuxieme pont, deja assez haut. C'est bien plaisant, la mer est chaude (autant a cause du soleil que du mazout sans doute), et lorsque l'on en a assez, on remonte se secher sur le pont superieur en sirotant une biere ou un verre d'eau minerale vendue au prix du champagne.

Le lendemain matin, nous traversons les iles... Feerique, sublime, serein... Chaque rocher que l'on depasse en revele un autre, au pied duquel se niche parfois un petit village sur l'eau dont les habitants viennent en barque nous proposer bonbons et boissons. Le temps est couvert, brume qui se transformera plus tard en pluie mais qui ce matin la nimbe la baie d'un voile bleute ireel. Je voudrais que la croisiere dure encore des heures, pour rester a l'avant du pont a contempler ebahie et apaisee ce spectacle magique. Helas, il est temps de retourner au port, de se re-entasser dans un minibus pour aller retrouver l'agitation de Hanoi. Cependant, malgre cette impression persistante d'etre guide comme un brave troupeau de moutons, la baie d'Halong restera un souvenir magnifique, paysage invraisembable comme la nature en faconne parfois.

A Hanoi, je retrouve Lizzie qui avait pris une autre route a Hoi Han. Nous tentons d'explorer la vie noctune pour celebrer sa derniere soiree au Vietnam, mais peine perdue, les bars et boites ferment ici entre 11h et minuit. Bien decevant pour une capitale! Nous revenons par les rues mal eclairees, trebuchant sur des choses molles dont on prefere ne pas savoir de quoi il s'agit. Il est temps d'aller se mettre au vert dans les montagnes, derniere etape de mon periple Vietnamien.
par Anne-Catherine publié dans : Vietnam
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Mardi 15 juillet 2008
 Un petit matin frais, nous quittons Dalat  pour 5  jours et pres de mille kilometres de route en moto. Tom et Truey nos deux chauffeurs sont deux jeunes grands peres bien verts dont la mission est de nous faire decouvrir un autre Vietnam. Nous avons deja passe une journee ensemble a faire le tour des attractions de Dalat (en moto) pour verifier que ce ne sont pas des fous dangereux, et cela semble coller. Les sac emballes sont solidement arrimes a l'arriere, on s'enduit de creme solaire, on verifie les reserves d'eau... en selle, c'est parti pour l'aventure.

En s'eloignant de Dalat, on passe par des paysages encore assez domestiques de cultures de toutes sortes. Riz, tabac, mais, potirons, fleurs en serre, quelques arpents de vignes (plantes par une compagnie francaise, of course.)..  Plus tard, ce seront les pins dont on tire la collophane, le tabac, les plantations de cafe, les immenses etendues d'hevea dont le tronc suinte une seve blanche et collante qui deviendra caoutchouc, les poivriers dont les feuilles s'enroulent sur des poteaux, ou encore ces especes de cactus dont l'extremite murit pour donner le 'dragonfruit' ou pitaya, cet etrange fruit rose et vert a la chair peu gouteuse mais a l'aspect superbe.
 
Pour manger, on s'arrete dans des gargotes qui ne paient pas de mine sur le bord de la route, ou des etals avec un petit brasero qui campent le soir sur le trottoir ... Peut etre ne s'y serait on pas arrete de nous meme, mais c'est l'occasion de gouter des plats parmi les plus succulents qu'il m'ait' ete donne de manger pendant le voyage; galettes de riz gluant fourrees au poisson, poulet roti, 'Pho' c'est a dire l'emblematique soupe de nouilles que l'on retrouve dans toute l'Asie... Pour les estomacs sensibles, mieux vaut ne pas voir les cuisines et le bac a vaisselle ;) Malgre tout, mon estomac s'est montre plus que resistant, puisque je n'ai pas ete malade une seule fois depuis le depart (hormis quelques crampes en quittant l'Inde), et mon palais est enchante par toutes ces experiences culinaires... Decidement, il va falloir se mettre a la cuisine au retour.
 
Les trajets sont longs, six a sept heures de moto par jour, ce qui donne parfois l'impression que les fesses ne sont faites que de terminsaisons nerveuses. Pour reposer nos seants endoloris, nous faisons de frequentes haltes; on descend de la moto en marchant comme des cowboys et on va a la rencontre de toute ces vies que l'on traverse.
 On visite les maisons des les minorites qui peuplent la region. On ne les reconnait pas tant a leurs vetements -tee shirts informes et souvent en lambeaux pour les enfants - qu'a la forme de leurs maisons. Tantot en bois, ou en bambou, ou encore en torchis, certaines sont sur pilotis, d'autres en terre battue, toujours d'une simplicite absolue, bien qu'en foutoir (dela depend bien sur du nombre d'occupants). Et puis, contraste entre des habitations plus que rustiques ou l'on voit le sol a travers les lattes du plancher et  la tele allumee tout au fond... Combien de generations va t-il falloir pour que la globalisation apportee par l'antenne satellite et les portables change radicalement ces modes de vie qui semblent souvent n'avoir guere bouge depuis plusieurs siecles... Que leur souhaiter, une croissance rapide et tous les maux de stress qui les accompagnent ou de rester dans une organisation qui semble parfois proche du moyen age et que nous trouvons si pittoresques mais qui est souvent plutot precaire?
 On arrive avec nos gros sabots d'occidentaux, et graduellement, on laisse au vestiaire les jugements tout faits que l'on avait apporte dans les valises pour se contenter d'observer, se dire que peut etre nos enfants ne verront pas tout cela et que l'on a bien de la chance d'etre ici et maintenant... Et puis on se remet en selle...
 
Dans un village, un petite vieille dame qui ne doit guere peser plus de trente kilos nous montre tous les instruments de la vie quotidienne. Son mari et elle, derniers survivants de la tradition,  sont particulierement fiers de ne vivre que du produit de leur chasse et de la culture. Une riziere derriere la maison, et puis on admire une bassine d'orpailleur faite a la main, du tabac qui seche, des filets de peche, une superbe arbalete, des plumes de paon sauvage aux etranges couleurs brunes, des ribambelles de cranes de singes et de sangliers suspendus au plafond. Tom nous raconte qu'il a vainement essaye d'en acheter un lors d'un voyage il y a quelques annes, mais les habitants de la maison n'ont jamais voulu lui en vendre en vendre. Ces cranes, ce sont leur fierte, ils demontrent leur talent de chasseur et ne sont en aucun cas un objet de commerce (meme pour le vendre a un Vietnamien plutot qu'a un touriste). 
On visite aussi toutes sortes 'd'usines'; briqueterie, fabrique de nouilles, de papier de riz, de paniers en bambou, de pots en terre vernissee. Ce sont de petites entreprises famiales de quelques personnes. Tout semble fait a la main ici, avec autant de dexterite que d'economie de moyens; il est amusant de retrouver le produit fini dans son assiette ou sur le bord de la route et de se dire "je sais comment on le fabrique.'
 
Truey est un chauffeur tres gentil et plein d'information. Mais il a les mains un peu baladeuses le jour, et le soir, apres une ou deux bieres, ses dispositions deviennent invariablement tres amoureuses; d'une proposition pour faire une petite balade dans le bois autour du lac, il passe ensuite aux offres de massage (pas sexuel, c'est promis ;) , qu'il essaye ensuite de mettre en action, puis des baisers furtifs... Heureusement qu'il n'est pas plus epais que moi et que le jour, il garde les mains sur le guidon... Quand a Tom, aucun souci de ce cote la... Il nous raconte sa vie; combattant pour le Sud, il a ensuite passe deux ans en camp de reeducation... On n'en saura guere plus sinon qu'il salue avec admiration tous les progres apportes par le communisme. Et c'est vrai c'est souvent un discours que l'on rencontrera, a mi chemin en propagande et reelle reconnaissance pour un regime qui a permis au pays de quitter le systeme feodal pour le chemin du progres... Dans tous les cas, cela change tout de se rertouver avec des gens qui peuvent nous expliauer ce qui se passe, traduire le nom des plats ou nous aider a poser des questions sur des coutumes aux antipodes des notres.

Il y a des moments ou l'on a froid, mal aux fesses, les cheveux dans la figure, des crampes dans les bras... mais surtout, il y a ces instants parfaits ou la brise et le soleil vous caressent la peau, une sensation d'intense liberte, ou l'on se prend toute la beaute du monde en pleine figure, ou l'on fait des rencontre magiques.
... comme ce petit moine qui chante en actionnant un gong de bronze deux fois haut comme lui dans un monastere perdu. Tout seul, dans une salle immense que gardent de non moins immenses bouddhas, sa petite voix amplifie par l'espace fait un chant magnifique. 
Ou ce groupe de fillettes qui nous abordent un soir dans un petit village pour les accompagner contempler les etoiles. Nous voici avec une escorte d''une dizaine qui nous prennent le bras, nous tiennent par la main, nous montrent a leurs parents... Truey traduit tant bien que mal leurs questions innombrables. Puis elles nous promettent d'apprendre l'anglais pour la prochaine fois on l'on reviendra et nous font cadeau de leur barettes. Une photo souvenir avant de se quitter en ayant bien chaud au coeur. (Eh oui, je vais finir par perdre cette solide couche de cynisme qui permet de survivre a la vie Parisienne pour apprecier a sa juste valeur cette extreme gentillesse que l'on nous temoigne si souvent!).
 
Plaisir jamais dementi de saluer les enfants pour qui le simple fait de voir un etranger, plutot rare dans ces coins, nous vaut un sourire et un signe de la main enthousiathe. Un jour que nous nous arretons dans un village de haute montagne, tous les enfants se precipitent pour nous saluer. Ceux qui ne peuvent pas marcher se depechent de descendre la pente a quatre pattes, tandis qu'un frere plus grand porte un bebe (l'on voit dans toute l'asie des enfants de six ou sept ans porter leur freres ou soeurs plus petits sur le dos ou sur la hanche).  Ils se massent autour de nous pour admirer autant les motos que nos faces de voyageurs etrangers (c'est a dire l'elegance des tenues qui ressemblent a des sacs poubelles et des visages ruisselants de pluie... Bon, nous ne sommes pas la en tant qu'ambassadeurs de la mode).
Le village compte trois familles, soit pres de 24 enfants... de quoi remplir toute une ecole. Quand je leur tends les fruits que nous avions emportes pour le gouter, ils se jettent dessus et vident le sac en quelques secondes. Cela me rappelle presque la meme scene vecue dans un village de montagne au Laos... Une telle precipitation, c'est le signe de la faim, aussi sur que le ventre trop gonfle de certains des enfants, ou que les meches blondes dans leurs cheveux noirs.
En route, on traverse toutes les variations possibles de la meteo. L'on passe sous quelques nuages, puis un crachin leger qui seche aussitot tombe, avant de revenir sous un soleil voile (mais qui brule quand meme, comme en temoigneront nos superbes nez de clown du premier soir) . Un jour, nous traversons une mini tornade. Juste le temps de s'abriter dans un cafe qui borde la route, et le vent se met a souffler comme s'il voulait deraciner les arbres tandis que tombe une pluie de fin du monde, si forte que meme des grenouilles viennent trouver refuge dans le cafe. Le vent se calme mais pas la pluie, l'eau monte sur la route... malgre tout, les vehicules continuent d'avancer en soulevant des gerbes d'eau, tandis que passent des cyclistes aui ont de l'eau jusqu'au genoux. Un autre jour, nous avons moins de chance, puisque c'est au passage d'un col que nous essuyons l'averse. Malgre les capes de pluie (un peu trouees) et l'equipement en principe etanche, me voila bientot trempee jusqu'au os, le visage enveloppe dans un foulard qui me deteint dans le cou, les lunettes constellees de gouttes pour lutter contre la pluie qui nous cingle le visage. Malgre cela, la route autour de nous reste superbe, surtout les cascades qui emaillent le chemin, rendues plus vigoureuses par toute cette eau qui tombe du ciel. 
Heureusement, le dernier jour, le ciel nous fera cadeau d'un azur parfait, tandis que nous traverserons les plus belles montagnes du voyage.
  
 
A mi parcours, on emprunte la piste HoChiMinh, qui servait de piste de ravitaillement pour les Vietcongs pendant la guerre avec les USA. Aujourd'hui, il ne reste plus trop de signes du conflit, sinon de nombreux monuments aux morts qui commemorent tous les soldats tombes la (parfois quelques milliers dans une seule bataille); seuls ceux qui se sont battus pour le nord ont droit a une plaque, les perdants resteront a jamais anonymes, d'autant qu'on n'a pas aujourd'hui retrouve tous les corps des disparus. On longe une piste d'aviation qui servait aux americains pour embarquer leur blesses,  J'ai revu le film 'Platoon' recemment qui m'a remis en tete l'enfer que furent ces annes de guerre, pour un camp comme pour l'autre... pourtant, difficile d'imaginer ce que fut le chaos qui a du regner sur ce bout de piste coince entre la jungle et les montagne, aujourd'hui envahie par quelques vaches et une fillette qui nous suit en babillant.

Et puis vient le moment de quitter la piste et de redescendre vers la vallee... On approche de Hoi Han par le chemin des ecoliers, et l'air se fait de plus en plus brulant au fur et a mesure que l'on  arrive vers la mer. Voila, au bout de cinq jours, c'est fini, on decouvre Hoihan et sa myriade de touristes apres avoir passe des jours entiers en ne voyant quasiment jamais d'etrangers! Promesse tenue, on a decouvert un autre Vietnam que je ne suis pas pres d'oublier, loin des villes et de leur agitation... Quel bonheur.
 
par Anne-Catherine publié dans : Vietnam
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Samedi 28 juin 2008
Le Vietnam, une nouvelle aventure qui commence.
Quand on arrive dans un nouveau pays, il y a toujours un petit moment d'apprenhension, de mefiance. Apres un trajet en bus -encore-, long mais relativement confortable, voici les abords de HCMC, c'est a dire Saigon, et sa circulation. Etrange de se retrouver tout a coup au milieu d'un embouteillage, sensation presque oubliee. Il y a a Saigon presque 9 million d'habitants, c'est a dire presque le double de la population de tout le Laos!
Ca commence mal avec le taxi qui demande un prix ridicule pour quelques kilometres, puis la guest house dont le prix de la chambre augmente selon qui le donne... Quand je sors pour diner, on m'a 'emprunte' mes chaussures. Debut difficile. Et puis il faut affronter le traffic; si la traversee des rues a Pnohm Pen semblait un exercice perilleux, c'est de la petite biere par rapport au Vietnam. C'est ici le pays de la moto, et a chaque carrefour un peu consequent, il y a une maree de motos qui circulent dans tous les sens, il faut parfois 5 minutes pour traverser la rue. Les memes regles s'appliquent qu'au Cambodge mais l'experience est beaucoup plus effrayant 9d'autant qu'ici, les motos circulent AUSSI sur le trottoir). Heureusement, la guest house est tranquille, et sa patronne que l'on a tot fait de rebaptiser Madame Loi, semble tout droit sortie d'une film sur la mafia chinoise des annees trente aves son chignon crante et son ao dai, cette longue et si elegante tunique fendue que portent encore quelques saigonnaises. Il ne lui manque que le fume cigarettes!
Nous cherchons en vain un restaurant; bien qu'entierement satisfaite et acclimatee a la cuisine asiatique, j'ai depuis deux jours une envie incontrolable de manger des raviolis! Mais bien que Saigon soit une ville gigantesque et tres internationale, il semble que les restaurants Italiens soient aussi denree rare (bien sur, arrivees apres la nuit, il est difficile de se reperer). Apres quelques carrefours ou l'on croit a chaque fois sa derniere heure arrivee, nous finissons par atterrir dans le restaurant d'une hotel 5 etoiles. Les spaghettis bolognaises y sont delicieuses mais coutent le prix de trois nuits d'hotel.
Le lendemain, je pars a la decouverte de la ville, a pied malgre tout. Il y a l'inevitable marche a touristes ou s'entassent les vetements (pas toujours du meilleur gout), les objets en laque, les souvenirs pour touristes et une incroyable variete d'aliments, y compris le vin de serpent (une bouteille d'alcool dans laquelle macere un malheureux serpent). L'occasion de constater que les Vietnamiens sont des vendeurs bien plus agressifs que leurs voisins laotiens ou cambodgiens. Difficile de deambuler tranquillement dans les allees, il faut filer droit sans jeter un oeil a droite ou a gauche sous peine d'etre immediatement interpelle. Les vendeurs adoptent une voix plaintive pour leur refrain 'What do you need, I have your size?' ou alors 'Buy madam, you buy', ce qui finit par oter toute envie d'acheter.

Mais il y a aussi de jolis musees dans la ville, musee des beaux arts ou d'histoire. Souvent installes dans de beaux batiments coloniaux un peu decrepits (on sent bien plus ici qu'ailleurs les traces de l'occupation francaise), on y trouve de belles poteries, des bouddhas tres dores, des laques, des peintures a theme revolutionnaire... L'art de la Chine y a laisse des traces importantes, dans le sourire des bouddhas ventrus, dans la forme des pagodes, des caracteres (aujourd'hui, les Vietnamiens utilisent l'alphabet romain), dans les innombrables dragons qui ornent poteries et toits. Il y a aussi une amusante cathedrale de brique rose tout droit venue d'Europe, la poste centrale (encore un batiment colonial), le quartier chic borde par les boutiques Vuitton et Gucci et des magasins de vetements fort elegants ou les prix rivalisent avec ceux que l'on trouve chez nous.
J'y teste le massage local... ouch, un peu trop vigoureux, je me fais presque tabasser! Si les massages asiatiques sont souvent tres relaxants apres coup, ils ne sont pas toujours plaisants. Entre les thailandais qui vous tordent dans tous les sens, les laotiens qui vous marchent dessus et les vietnamiens qui vous enfoncent des pointes en bois sous les pieds, mon coeur balance... Non, decidement, j'opte pour la fantastique reflexologie plantaire du Cambodge qui a emmene mes pieds (oui Emmanuel, l'extremite des mes jambes...) au septieme ciel!!!
Le musee de la guerre est encore une fois l'occasion de toucher du doigt l'horreur qui a ravage l'Asie du Sud Est ces dernieres decennies. Quand on parlait chez nous de guerre froide, c'etait des conflits autrement plus chauds qui dechiraient ces pays. Apres la froide extermination dont le Cambodge a fait les frais (sans doute plus horrible car il s'agissait essentiellement d'une guerre civile), voici les ravages de la guerre du Vietnam, puis de l'epuration communiste qui a suivi le retrait des troupes americaines. Photos de moignons humains disperses par une explosion, destructions massives au Napalm, malformations diverses causees par les agents Orange, bleus ou blancs (de la couleur des bidons), GI blesses et embourbes dans la jungle, chars exploses, familles jetees sur les routes de l'exode, cellules de tortures... que d'horreur humaine! Le Vietnam semble vouloir oublier ce passe si proche en se lancant dans un capitalisme effrene. Pour ma part, je n'oublierai pas de sitot tous ces musees de triste memoire, ces estropies et mutiles divers qui hantent les rues. L'Europe semble si loin, aseptisee et tellement privilegiee.
Le deuxieme soir, nous avions decide d'aller faire un tour en boite, mais une rencontre avec une jeune cretin a moto qui essaie d'arracher le sac de Lizzie alors que nous rentrons du restaurant  refroidit un peu nos ardeurs. C'est sans trop de regrets que je quitte la ville, en bus bien sur.
Deux heures d'embouteillages avant de s'elancer sur la route de Dalat, la 'station des Alpes' Vietnamiennes. Nichee au milieu des montagnes, il y fait bien plus frais qu'en plaine... 15 ou 20 degres, ce qui fait qu les gens du cru portent des vestes de ski au col borde de fourrure!!! C'est une region maraichere avec de superbes cultures en terrasse, ou l'on cultive de tout; petits pois, fraises, cafe et the, choux fleurs... Ici regnent les easy riders, un groupe de motards qui organisent des excusions a moto dans la region. C'est decide, demain je pars sur le siege passager pour une aventure de 5 jours qui devrait nous amener sur la cote de la mer de Chine en passant par les villages de montagne.

Je ne desespere pas de pouvoir telecharger quelques photos un jour, mais ces derniers temps, les lenteurs de connexion ont empeche toute tentative.
En attendant, bonne vacances a tous!!!
par Anne-Catherine publié dans : Vietnam
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